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Le remorqueur

Ce dimanche, on remonte le bateau de Noirmoutier sur Pornichet, première étape avant de poursuivre la semaine prochaine sur le Morbihan.

C’est rassuré que je suis monté sur le bateau, sans casse aucune depuis le passage de la tempête Hans, seul le sandow qui tient la barre dans l’axe s’était décroché, et l’amarre que j’avais mis en secours a fait son job et son temps.

La météo nous donnait un peu de vent de secteur sud au départ, vent qui devait faiblir dans la soirée et s’arrondir au sud ouest. Arrivés sur le mouillage, on a en fait un bon vent bien établi qui nous fait décider de prendre un ris dans la grand voile. Une barre nuageuse au sud nous pose un peu question, et on décide de prendre une bonne bière pour prendre le temps d’en observer l’évolution. Ca semble suffisamment safe pour décoller, on lance le moteur, retire la première amarre de la bouée, la seconde en revanche refuse de se décoller de la chaîne et nous donnera un peu de fil à retordre. Une fois le bateau libre, elle montre des signes de grande fatigue, sans doute que le passage de Hans en Vendée l’a bien tendue et fait éviter le bateau dans tous les sens, faisant des coques sur la chaîne. Je dois acheter du tuyau d’arrosage pour limiter les effets du ragage sur mes amarres, je le savais, j’en suis maintenant persuadé.

La route du jour

Premier cap au 40 pour dépasser la bouée d’eau saine du Bois de la Chaise, avec un génois partiellement sorti et un ris dans la GV. On file entre 4 et 5 noeuds, et on vire pour prendre le cap du 330 toujours au grand largue qui, si on ne le quitte pas, doit nous présenter directement entre les bouées du chenal de Pornichet. En fait le courant nous pousse un peu et un cap au 310 nous permet à la fois de retrouver notre route et de maintenir une allure de grand largue, le 330, un peu trop vent arrière, dévente le génois. La houle est là, et bien là, difficile de filer droit.

Au moment de déborder Pierre Moine, l’ombre des nuages sur le plan d’eau nous rejoint. Et c’est assez impressionnant de voir cette frange d’eau sombre qui se déplace en notre direction alors qu’on navigue sur une eau d’un beau vert lumineux. Mon équipier qui manquait de sommeil descend dans la cabine pour y faire un petit somme. Malgré la houle qui nous fait partir un peu dans tous les sens, le bateau marche bien, entre 4 et 5 noeuds au loch, le GPS me donne en revanche 3 noeuds sur le fond, l’eau s’engouffre dans la baie de Bourgneuf qu’on cherche à quitter.

Sous les nuages au niveau de la pointe Saint Gildas

La pointe Saint Gildas passée, toujours au 310≃330, c’est la brume qui fait son apparition, les cargos qui empruntent le chenal de Saint Nazaire se détachent assez difficilement de l’horizon, comme des masses sombres posées sur l’eau. Ceux qui filent au large, envoient des signaux sonores toutes les minutes, on les entend mais on ne les voit pas.

Nouveauté de cette balade : j’ai un GPS avec la cartographie sur mon téléphone (Navionics), jusqu’à présent j’avais tout fait aux jumelles et à la table à carte, et vu les conditions météo, c’est une excellente idée que j’ai eu d’installer l’application, au plus on avance, au plus la visibilité baisse. Impossible dans ces conditions de faire le moindre relèvement, on est posé sur l’eau dans une bulle blanche de plus en plus étroite.

Après avoir traversé le chenal de Saint Nazaire, le vent disparaît, on fera le reste au moteur autour de 5 noeuds, toujours sur le même cap, toujours avec une belle houle pas très confortable. Les bouées latérales du chenal de Pornichet émergent d’un coup de la brume, et on devait en être à une centaine de mètres seulement, la brume est alors bien installée. Cap au 40, le port doit être au bout. Je laisse la barre à mon équipier et descend m’isoler dans la cabine pour contacter le port à la VHF :

  • Ar Naoned pour la capitainerie de Pornichet
  • (silence)
  • Ar Naoned pour la capitainerie de Pornichet
  • Pornichet pour Ar Naoned, je vous écoute
  • Bonjour, je vous ai appelé cette semaine pour laisser le bateau une semaine, je voulais savoir où je pouvais me stationner
  • Quelle est la taille de votre bateau ?
  • C’est un Edel 4 de 7m10 par 2,50
  • Je vous dit ça (silence)… X78
  • X78, merci
  • X78, pouvez vous me confirmer avoir reçu le message
  • X78, c’est noté, merci

En vrai, je n’avais pas noté. Je remonte dans le cockpit en répétant la place à mon équipier qui me dit qu’il y a une vedette devant nous. Je la vois en effet à gauche, puis à droite, et encore à gauche. Mon équipier me dit qu’ils font un peu n’importe quoi. C’est là que je vois à son bord la femme faire les gestes de detresse :

  • Vous avez besoin d’aide ?
  • Vous m’entendez ?
  • Oui, vous avez besoin d’aide ?
  • On n’a plus de moteur, vous pouvez nous remorquer ?

Euh… pouvais-je les remorquer, la vedette est pas mal plus grande que mon petit voilier, et avec mon 6cv, je n’étais pas bien certain de la réussite de la manoeuvre, mais sans au moins essayer, on ne le saura pas :

  • On va essayer oui, mais je ne sais pas si…

On se place face à eux, ils nous envoient une amarre qu’on installe au taquet arrière, et on pousse le moteur. La manoeuvre m’avait pas mal désorienté et la surprise de la situation avait un peu ensablé mon esprit, on fera un tour complet et un quart de tour dans l’autre sens avant de retrouver le cap du 40.

Esperluette

Eh bien, mon petit voilier, une vedette derrière, une bonne houle, un vent de terre qui forcit à l’approche de la cote et mon petit 6cv, on file quand même à 2 noeuds. Mon équipier reprend la VHF :

  • Ar Naoned pour la capitainerie
  • (silence)
  • Ar Naoned pour la capitainerie
  • (silence)

On pense être hors de portée, on décide d’attendre un peu

  • Ar Naoned pour la capitainerie
  • (silence)

Là je suggère à mon équipier de donner le message, si on ne reçoit pas la réponse, peut-être qu’eux recevront au moins le message :

  • Ar Naoned pour la capitainerie : on a en remorque une vedette et on voudrait savoir comment procéder à l’approche du port.
  • (silence)

On renvoit le message une seconde fois, et je me souviens de mes cours de permis côtier, je suggère à mon équipier de préciser qu’on s’adresse à la capitainerie *de Pornichet* et en effet :

  • Ar Naoned pour la capitainerie de Pornichet : on a en remorque une vedette et on voudrait savoir comment procéder à l’approche du port.
  • Rappelez nous en approchant du port, on vous envoi un bateau
  • Merci

La route à 2 noeuds est un peu longue, et avec la houle et la tension du bateau derrière, le cap est plus que jamais zigzaguant. On finira par voir la tourelle du port et un bateau qui nous rejoint et prend en charge la vedette. A ce moment, on se prépare à rentrer au port et à aller dans l’emplacement, oui, mais lequel déjà, avec ces évènements ça nous avait un peu échappé… Re-VHF :

  • Ar Naoned pour la capitainerie de Pornichet : on a oublié le numéro de l’emplacement qui nous a été attribué, vous pourriez nous le redonner
  • (agacé) On ne prend pas en note le nom des bateaux qui nous contactent, vous pouvez me rappeler la longueur de votre bateau
  • 7m10 par 2,50
  • X78
  • C’est noté, merci

En fait ce n’était toujours pas vrai, on ne l’avait pas noté, mais cette fois ci on s’en souvient. J’ai le bloc côtier, je sais aller au ponton X mais de quel côté ? Au pif on file à babord du ponton et on a de la chance (est-ce que ça aurait un rapport avec le « tricot vert et les deux bas si rouges » * : babord pair ?). Petite manoeuvre parfaitement réalisée (je m’en félicite à chaque fois), on est à quai !

Trouvez Charlie !

Et en plus on arrivera à la gare de Pornichet en ayant le temps de prendre une bière, belle journée pleine d’enseignements : avoir un GPS en plus des cartes ça peut s’avérer vraiment utile, on peut secourir un bateau plus gros que le notre même avec un 6cv, quand on contacte à la VHF la capitainerie, on précise laquelle on contacte.

* Un (impair) tricot (tribord) vert (bouée verte), deux (pair) bas (babord) si rouges (bouée rouge) : formule mnémotechnique pour se souvenir des bouées de chenal, dans le sens de la mer vers le port